Infraction douanière et règlement de litige : ce que les entreprises marocaines doivent absolument savoir

by Yassin alami

Introduction

Pour une petite ou moyenne entreprise marocaine, travailler avec l’international est une formidable opportunité… mais aussi un terrain rempli de pièges réglementaires. Une erreur dans une déclaration d’importation, un oubli dans un document, ou une tentative (même involontaire) de contourner une règle peut être considérée comme une infraction douanière.

Or, les conséquences peuvent être lourdes : amendes, confiscation de marchandises, retrait d’agréments… Bref, de quoi mettre en péril l’activité d’une PME. Cet article vous explique, de manière simple et pratique, ce qu’est une infraction douanière, comment elle est constatée, quelles sanctions sont prévues et comment régler un litige avec l’Administration des Douanes et Impôts Indirects (ADII).


Qu’entend-on par infraction douanière ?

En douane, une infraction est tout acte ou omission contraire aux lois et règlements douaniers que l’ADII est chargée d’appliquer. Ces règles couvrent notamment :

  • l’importation,
  • l’exportation,
  • le transit des marchandises,
  • ainsi que les législations liées (TVA, change, accords de libre-échange, etc.).

Deux grandes catégories d’infractions :

  1. Les délits douaniers
    • Délits de 1ère ou 2e classe (articles 279 bis à 283 du code des douanes).
    • Ex. : introduction frauduleuse de marchandises.
  2. Les contraventions douanières
    • Quatre classes prévues par les articles 284 à 299 du code.
    • Ex. : erreurs dans les déclarations, non-respect des délais de régularisation.

Comment sont constatées les infractions douanières ?

La recherche et la constatation relèvent principalement des agents des douanes, mais pas seulement.

Moyens utilisés par l’ADII :

  • Vérifications physiques : contrôle à l’import/export.
  • Investigations documentaires : factures, certificats d’origine, DUM.
  • Enquêtes et audits : chez l’entreprise, notamment pour vérifier l’usage d’un régime économique (ex. admission temporaire).

Qui peut constater une infraction ?

  • Agents des douanes habilités.
  • Officiers de police judiciaire.
  • Agents verbalisateurs de la force publique.

Une fois l’infraction constatée, un procès-verbal est établi et notifié à l’entreprise ou au particulier concerné.

💡 Exemple concret :

Une société de textile exportant vers l’Espagne peut faire l’objet d’un contrôle de l’ADII sur les certificats EUR-MED. En cas de falsification ou erreur, un PV est dressé.


Quelles sanctions sont prévues en cas d’infractions douanières ?

Le code des douanes marocain (articles 209 à 220) prévoit deux grandes catégories de sanctions :

1. Les peines et mesures de sûreté réelles

  • Amendes fiscales (pouvant atteindre plusieurs fois la valeur de la marchandise).
  • Confiscation : marchandises frauduleuses, moyens de transport, outils de fraude.
  • Peines d’emprisonnement pour les délits graves.

2. Les mesures de sûreté personnelles

  • Interdiction d’accès aux zones sous surveillance douanière (ports, aéroports).
  • Retrait de l’agrément de transitaire en douane.
  • Exclusion des régimes économiques en douane (admission temporaire, entrepôt sous douane…).
  • Interdiction d’accès aux systèmes informatiques de l’ADII.
  • Retrait d’autorisation d’exploitation d’un entrepôt douanier.

💡 Exemple concret :

Une entreprise de transport routier ayant utilisé ses camions pour introduire frauduleusement des produits de contrebande peut perdre son autorisation de dédouanement et se voir interdire d’accéder aux ports marocains.


Quelles sont les voies de règlement d’un litige douanier ?

Lorsqu’une infraction est constatée, deux voies de règlement existent :

🔹 1. La voie transactionnelle

  • Prévue par l’article 273 du code des douanes.
  • L’ADII peut négocier un règlement amiable avec l’entreprise.
  • Possible avant ou après jugement définitif.
  • Attention : après jugement, la transaction efface uniquement les peines pécuniaires (amendes), mais pas l’emprisonnement.

👉 En pratique, c’est la solution la plus utilisée par les entreprises marocaines pour éviter des procédures longues et coûteuses.

🔹 2. La voie judiciaire

  • Si aucune transaction n’est possible, l’affaire est portée devant les tribunaux.
  • Le juge tranche en fonction des faits, du code des douanes et du dossier présenté par l’ADII.

💡 Exemple concret :

Un importateur qui sous-évalue systématiquement ses factures pour payer moins de droits et taxes peut accepter une transaction avec paiement d’une amende majorée. En cas de refus, l’ADII peut saisir la justice et demander confiscation des biens.


Erreurs fréquentes des entreprises marocaines

⛔ Déclarer une valeur ou une origine erronée pour réduire les droits de douane.

⛔ Ne pas respecter les délais de régularisation des régimes suspensifs (ex. admission temporaire).

⛔ Confondre “erreur matérielle” et “fausse déclaration volontaire” (la première peut être corrigée, la seconde est une infraction).

⛔ Ignorer que même une “négligence” (oubli de document, omission) peut être sanctionnée.


Bonnes pratiques pour éviter les litiges douaniers

Travailler avec un transitaire agréé qui maîtrise le code des douanes marocain.

Former son équipe aux bases des règles douanières (DUM, certificats d’origine, TVA, accords de libre-échange).

Tenir un dossier complet et organisé pour chaque opération d’import/export.

Anticiper les contrôles : l’ADII peut effectuer des vérifications même plusieurs mois après l’opération.

Privilégier la transparence : en cas d’erreur, signaler immédiatement plutôt que de risquer un PV.


Ressources utiles pour les PME marocaines

  • ADII – Administration des Douanes et Impôts Indirects : www.douane.gov.ma
  • Code des douanes marocain : Articles 209 à 299 (infractions et sanctions).
  • Chambres de commerce régionales : formations pratiques sur le commerce international.
  • Accords de libre-échange (UE, USA, Turquie) : attention aux certificats d’origine.

Conclusion : mieux vaut prévenir que guérir

Les infractions douanières ne concernent pas seulement les grands fraudeurs : une simple erreur administrative peut coûter cher à une PME.

La clé est l’anticipation : comprendre les règles, s’entourer de professionnels compétents et ne jamais sous-estimer l’importance d’une bonne conformité.

👉 Conseil final : avant toute opération d’import/export, prenez le temps de consulter un transitaire agréé ou un conseiller douanier. Cela vous évitera bien des litiges et vous permettra de concentrer votre énergie sur le développement de votre activité, au Maroc comme à l’international.